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No Drum No Moog - Documents synthétiques - LP 12‘‘

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Yellow King - LP 12” - artwork (obi + gravure) - sérigraphie Les Presses Ambulatoires

Impossible d’ajouter une photo dans un billet texte sur l’appli téléphone… Pour plus d’information, se référer au post précédent !

Impossible d’ajouter une photo dans un billet texte sur l’appli téléphone… Pour plus d’information, se référer au post précédent !

Essorage automatique

Ce matin, 4h26, j’ai été réveillée par mon tout premier tremblement de terre. “Jishin dessu ! Jishin dessu !”, a retenti l’alarme. Mais l’appartement a à peine été secoué. Un peu comme quand ma machine à laver atteint les 1 200 tours/minutes, en un peu plus violent tout de même.

Les bras de Morphée m’ont définitivement quittée aux alentours de 7h30. Me voilà enfin probablement habituée au rythme diurne nippon. Sur mon téléphone, le ministère des Affaires étrangères me prévient du risque de tsunami sur les côtes des préfectures de Fukushima, Iwate et Miyagi.
On est plutôt amis lui et moi depuis quelques jours. Il m’a en effet beaucoup écrit depuis le passage du super typhon Neoguri. Mais Tokyo n’a été que très peu affectée. Quelques rafales accompagnées de pluie, pas de quoi échauder un chat des rues.

Aujourd’hui, la météo est clémente. Une belle et chaude journée s’annonce. Sur mon balcon, à l’abri des regards, j’ai profité de la douceur des températures matinales et de la tiède brise qui caresse ma rue pour observer la vie active reprendre ses droits sur la nuit. Rien de bien exceptionnel : les anciens balayent devant leur porte, les joggers s’éloignent en respirant régulièrement, les enfants s’en vont leur lourd cartable au dos pour les cours du samedi, les parents déposent leur progéniture à la halte-garderie… Et les vélos décrivent leur ballet habituel de lignes droites entrecoupées d’esquives.

L’esquive, c’est un véritable art du quotidien ici, comme l’écrit admirablement Elena Janvier dans son petit recueill “Au Japon ceux qui s’aiment ne se disent pas je t’aime” (merci Clémentine !). On évite de dire non, on évite de dire ce que l’on pense, on évite le pire. Question bateau et universelle : mais jusqu’à quand ?

Meanwhile in Tokyo…

Meanwhile in Tokyo…

Chacun les siens, hein.

Chacun les siens, hein.

C’est celle qui dit qui est

Malgré toute cette haine envers mon prochain tapie en moi, il m’arrive encore de croire que le bon sens est la chose la mieux partagée en ce monde. Idem en ce qui concerne la sagesse populaire. Et souvent, bien entendu, je suis déçue. Comme récemment à propos de ce petit livre, succès de librairie à petit prix, duquel une partie de la gent féminine semblait se délecter : La Femme parfaite est une connasse. Je conchie cette tendance « connasse » et toutes ces filles qui portent des colliers avec écrit « chieuse » ou des t-shirt « salope », etc. Mais, honnêteté intellectuelle et optimisme aveugle obligent, j’ai été plutôt contente qu’on me prête l’ouvrage suscité, histoire de me faire ma propre idée.

L’enthousiasme fut de courte durée. Après avoir feuilleté 3-4 pages, constaté la taille de la typo et de la (pauvre) masse de texte, j’ai décidé de le laisser aux toilettes. Ma prêteuse en titre l’avait elle-même lu dans le bus. Et de la littérature de gare, ça se lit à heures régulières, me suis-je dit. J’avais entièrement raison, car il en va de ce petit torchon comme d’un paquet d’All-Bran de Kellogg’s : tous deux facilitent le transit. Les ingrédients de cette bouillie laxative ? Préceptes, conseils et moult listes à l’humour euphémiquement relatif, entrecoupés d’innombrables notes sans intérêt. Du coup, en plus d’être pas drôle (j’ai ri une fois), c’est extrêmement chiant (CQFD) à lire.

En couverture, on nous précise « Guide de survie pour les femmes normales ». Ah bon ! Parce que c’est ça la femme normale ? Une décérébrée qui se bourre la gueule avec ses copines en beuglant des tubes des années 80 et qui, en revanche, pense que les hommes ont des capacités cognitives limitées ? Si on essaye de lire entre les lignes (allons-y gaiement, y a de la place), ce portrait qui tente de flatter « la femme » par la négative ne serait-il pas en vérité insultant ? Je garde l’espoir qu’une majorité de mes congénères le pense et tiens néanmoins à remercier les auteurs pour m’avoir fait me sentir ne serait-ce qu’un tout petit peu plus proche de ce que ces deux poules d’eau appellent la perfection.

Passablement outrée et comme salie par tant d’inepties (cf., en préambule, le flippant « Et si ça pouvait aussi aider les hommes à mieux nous comprendre, ça ne serait pas du luxe ») et de références culturelles de très bas étage (cf., et entre autres, le non moins flippant Nikos Aliagas), je m’en suis allée faire pénitence en lisant Seins et œufs de Mieko Kawakami. Un récit croisé à la première personne joliment farfelu qui pose de vraies questions sur la féminité, notamment la séduction ou la maternité. Il est tout aussi court, ne coûte pas bien cher non plus et je le prêterai volontiers à toutes celles, supposées connasses ou pas, qui me le demanderont.

Modern life is rubbish turned 4 today!

Modern life is rubbish turned 4 today!

(Source: assets)

We could drive untill the earth would open

Je ne crois pas vous avoir déjà saoulés avec Maxïmo Park. Pourtant, c’est depuis près de dix ans un de mes groupes favoris. Neuf ans pour être précise. C’est que, musicalement parlant, 2005 fut une grande année. Bien entendu, 2004 s’était déjà révélée très prometteuse. Pile poil entre les deux, le soir du réveillon du nouvel an, à minuit, je me souviens très clairement avoir dit à mes potes Phil et Mic : « En 2005, je veux voir tous ces putains de groupes en live, bordel ! » Huit mois plus tard, on plantait tous les trois nos tentes dans un champs boueux de Reading, Berkshire, England. À ce moment précis, même si la toute récente invention de la « 3’’ » de Quetchua a rendu l’opération très aisée (pour les plus jeunes d’entre vous, oui, à l’époque, la tente instantanée de Quetchua s’ouvrait en trois secondes et pas en deux ; c’est beau le progrès), on était loin de se douter de ce qu’on allait vivre pendant trois jours. J’ai envie d’utiliser l’adjectif « indescriptible », mais vous me traiteriez de mauvaise plume… Et vous auriez raison, alors je vais essayer de résumer : en ce qui me concerne, en tout cas, disons que c’était comme voir le NME prendre soudain vie sous mes yeux. Là, sous le crachin britannique, chaussée de caoutchouc et une bière constamment à la main, du premier « Bollooooooooocks » qui parcourt l’immense foule telle un incroyable frisson jusqu’au retour en bus où nous empestions collégialement l’odeur du désinfectant pour fosses septiques, je crois que je peux affirmer que moi, l’agoraphobe repentie, j’ai expérimenté l’insouciance. Vraiment. Quand je suis rentrée, gavée de musique, d’amour fraternel et enfin douchée, j’ai fait une petite dépression. Et j’ai découvert mon tout premier cheveu blanc.

C’est donc à Reading, en 2005, que j’ai vu Maxïmo Park en concert pour la première fois. Une fois et demie, pour être précise. Le chanteur de The Rakes, tombé malade pendant la nuit, s’était alors fait remplacer par celui de Maxïmo Park. Je ne sais pas si ça compte et, franchement, on s’en fout. Depuis, si ma mémoire est bonne, j’ai dû les revoir quatre fois près de chez moi, en terres luxembourgeoises, grosso modo pour chaque sortie d’album. La dernière fois, il y a deux mois de ça, j’ai dit à l’homme : « Paul Smith, je l’ai tellement vu que j’ai l’impression que c’est mon cousin ». Un membre de la famille dont j’aurais usé les disques jusqu’à la corde et épuisé celles que j’ai de vocales au karaoke sur ses paroles. Si c’est l’énergie qui m’a d’abord séduite, c’est bien elles qui m’ont fait rester. Ce n’est plus un secret pour personne, j’aime les chansons bavardes. Un texte joliment ciselé avec de belles allitérations peut me filer un orgasme. Et les lyrics du Sir Smith semblent avoir été taillées sur mesure pour mon plaisir coupable. Sens de la formule, de la figure de style, du détail et, sauce aux herbes sur le fish and chips, une admirable propension à raconter des histoires. Dans leur grande globalité, d’amours déçues. Tergiversations anxieuses, coups de foudre à répétitions, rendez-vous fébriles, histoires passionnées sans avenir, séparations désastreuses, adieux déchirants, regrets mélancoliques ; en clair : Madame Bovary peut retourner direct aux vestiaires. J’avais bien entendu saisi la prégnance de la thématique chez l’auteur auparavant, mais je ne m’étais jamais rendue compte de son importance jusqu’à il y a quelques temps.

Depuis la dernière fois où j’ai dormi dans une tente, je vis une histoire d’amour idyllique. Je suis on ne peut plus précise, il n’y a pas d’autre mot. Et chaque matin depuis mon retour de ces Eurockéennes 2007 où, en cet exceptionnellement ensoleillé début du mois de juillet, Magali et moi avons perdu notre tube de crème solaire le premier jour de festival et que c’est pour ça qu’on dirait que j’ai une brulure du second degré au front sur ma photo avec Eddie Argos, je lève les yeux au ciel en me demandant quand une énorme tuile va finir par nous tomber sur le coin de la gueule… En 2008, pour nos premières vraies vacances en amoureux-rien-que-nous-deux, on s’est fait The Great Escape Festival. En aparté, voilà le plan parfait pour la catégorie des « J’suis trop vieux pour ces conneries » dont je fais désormais partie : une semaine de concerts en après-midi et soirée, à la cool, dans les cafés et ballrooms de la délicieusement désuète station balnéaire de Brighton, East Sussex, England. Petits hôtels sympas, super restos, ambiance détendue ; on y a vu de chouettes groupes dans des conditions très confortables, souvent intimistes, et avons découvert qu’on aimait bien voyager ensemble. On n’a pas arrêté depuis. Et tant que l’homme continuera à me laisser maître de l’autoradio, j’irai n’importe où avec lui en voiture. Comme lors de ce récent week-end où on s’est refait tous les albums en revenant de Saint-Étienne et qui a confirmé ce que je savais déjà : de mon point de vue de passager, Maxïmo Park, c’est parfait pour voyager. J’en écoute souvent quand je prends le train. Je regarde défiler le paysage en imaginant ces moments poignants que semble sans cesse vivre le pauvre Paul Smith. Mains moites, yeux embués, cœurs déchirés ; indubitable catharsis pour moi qui ne connaît plus les tourments des amours impossibles. Je n’ai plus l’âge d’aller m’encanailler dans des champs brumeux baignés de phéromones, certes… Mais je ne suis pas si vieille que ça. Et Maxïmo Park, c’est un peu mon Fifty Shades of Grey à moi.

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No Drum No Moog - Documents synthétiques - LP 12‘‘

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Yellow King - LP 12” - artwork (obi + gravure) - sérigraphie Les Presses Ambulatoires

Impossible d’ajouter une photo dans un billet texte sur l’appli téléphone… Pour plus d’information, se référer au post précédent !

Impossible d’ajouter une photo dans un billet texte sur l’appli téléphone… Pour plus d’information, se référer au post précédent !

Essorage automatique

Ce matin, 4h26, j’ai été réveillée par mon tout premier tremblement de terre. “Jishin dessu ! Jishin dessu !”, a retenti l’alarme. Mais l’appartement a à peine été secoué. Un peu comme quand ma machine à laver atteint les 1 200 tours/minutes, en un peu plus violent tout de même.

Les bras de Morphée m’ont définitivement quittée aux alentours de 7h30. Me voilà enfin probablement habituée au rythme diurne nippon. Sur mon téléphone, le ministère des Affaires étrangères me prévient du risque de tsunami sur les côtes des préfectures de Fukushima, Iwate et Miyagi.
On est plutôt amis lui et moi depuis quelques jours. Il m’a en effet beaucoup écrit depuis le passage du super typhon Neoguri. Mais Tokyo n’a été que très peu affectée. Quelques rafales accompagnées de pluie, pas de quoi échauder un chat des rues.

Aujourd’hui, la météo est clémente. Une belle et chaude journée s’annonce. Sur mon balcon, à l’abri des regards, j’ai profité de la douceur des températures matinales et de la tiède brise qui caresse ma rue pour observer la vie active reprendre ses droits sur la nuit. Rien de bien exceptionnel : les anciens balayent devant leur porte, les joggers s’éloignent en respirant régulièrement, les enfants s’en vont leur lourd cartable au dos pour les cours du samedi, les parents déposent leur progéniture à la halte-garderie… Et les vélos décrivent leur ballet habituel de lignes droites entrecoupées d’esquives.

L’esquive, c’est un véritable art du quotidien ici, comme l’écrit admirablement Elena Janvier dans son petit recueill “Au Japon ceux qui s’aiment ne se disent pas je t’aime” (merci Clémentine !). On évite de dire non, on évite de dire ce que l’on pense, on évite le pire. Question bateau et universelle : mais jusqu’à quand ?

Harajunkie in Harajuku.

Harajunkie in Harajuku.

Meanwhile in Tokyo…

Meanwhile in Tokyo…

The great escape.

The great escape.

Chacun les siens, hein.

Chacun les siens, hein.

C’est celle qui dit qui est

Malgré toute cette haine envers mon prochain tapie en moi, il m’arrive encore de croire que le bon sens est la chose la mieux partagée en ce monde. Idem en ce qui concerne la sagesse populaire. Et souvent, bien entendu, je suis déçue. Comme récemment à propos de ce petit livre, succès de librairie à petit prix, duquel une partie de la gent féminine semblait se délecter : La Femme parfaite est une connasse. Je conchie cette tendance « connasse » et toutes ces filles qui portent des colliers avec écrit « chieuse » ou des t-shirt « salope », etc. Mais, honnêteté intellectuelle et optimisme aveugle obligent, j’ai été plutôt contente qu’on me prête l’ouvrage suscité, histoire de me faire ma propre idée.

L’enthousiasme fut de courte durée. Après avoir feuilleté 3-4 pages, constaté la taille de la typo et de la (pauvre) masse de texte, j’ai décidé de le laisser aux toilettes. Ma prêteuse en titre l’avait elle-même lu dans le bus. Et de la littérature de gare, ça se lit à heures régulières, me suis-je dit. J’avais entièrement raison, car il en va de ce petit torchon comme d’un paquet d’All-Bran de Kellogg’s : tous deux facilitent le transit. Les ingrédients de cette bouillie laxative ? Préceptes, conseils et moult listes à l’humour euphémiquement relatif, entrecoupés d’innombrables notes sans intérêt. Du coup, en plus d’être pas drôle (j’ai ri une fois), c’est extrêmement chiant (CQFD) à lire.

En couverture, on nous précise « Guide de survie pour les femmes normales ». Ah bon ! Parce que c’est ça la femme normale ? Une décérébrée qui se bourre la gueule avec ses copines en beuglant des tubes des années 80 et qui, en revanche, pense que les hommes ont des capacités cognitives limitées ? Si on essaye de lire entre les lignes (allons-y gaiement, y a de la place), ce portrait qui tente de flatter « la femme » par la négative ne serait-il pas en vérité insultant ? Je garde l’espoir qu’une majorité de mes congénères le pense et tiens néanmoins à remercier les auteurs pour m’avoir fait me sentir ne serait-ce qu’un tout petit peu plus proche de ce que ces deux poules d’eau appellent la perfection.

Passablement outrée et comme salie par tant d’inepties (cf., en préambule, le flippant « Et si ça pouvait aussi aider les hommes à mieux nous comprendre, ça ne serait pas du luxe ») et de références culturelles de très bas étage (cf., et entre autres, le non moins flippant Nikos Aliagas), je m’en suis allée faire pénitence en lisant Seins et œufs de Mieko Kawakami. Un récit croisé à la première personne joliment farfelu qui pose de vraies questions sur la féminité, notamment la séduction ou la maternité. Il est tout aussi court, ne coûte pas bien cher non plus et je le prêterai volontiers à toutes celles, supposées connasses ou pas, qui me le demanderont.

Modern life is rubbish turned 4 today!

Modern life is rubbish turned 4 today!

(Source: assets)

We could drive untill the earth would open

Je ne crois pas vous avoir déjà saoulés avec Maxïmo Park. Pourtant, c’est depuis près de dix ans un de mes groupes favoris. Neuf ans pour être précise. C’est que, musicalement parlant, 2005 fut une grande année. Bien entendu, 2004 s’était déjà révélée très prometteuse. Pile poil entre les deux, le soir du réveillon du nouvel an, à minuit, je me souviens très clairement avoir dit à mes potes Phil et Mic : « En 2005, je veux voir tous ces putains de groupes en live, bordel ! » Huit mois plus tard, on plantait tous les trois nos tentes dans un champs boueux de Reading, Berkshire, England. À ce moment précis, même si la toute récente invention de la « 3’’ » de Quetchua a rendu l’opération très aisée (pour les plus jeunes d’entre vous, oui, à l’époque, la tente instantanée de Quetchua s’ouvrait en trois secondes et pas en deux ; c’est beau le progrès), on était loin de se douter de ce qu’on allait vivre pendant trois jours. J’ai envie d’utiliser l’adjectif « indescriptible », mais vous me traiteriez de mauvaise plume… Et vous auriez raison, alors je vais essayer de résumer : en ce qui me concerne, en tout cas, disons que c’était comme voir le NME prendre soudain vie sous mes yeux. Là, sous le crachin britannique, chaussée de caoutchouc et une bière constamment à la main, du premier « Bollooooooooocks » qui parcourt l’immense foule telle un incroyable frisson jusqu’au retour en bus où nous empestions collégialement l’odeur du désinfectant pour fosses septiques, je crois que je peux affirmer que moi, l’agoraphobe repentie, j’ai expérimenté l’insouciance. Vraiment. Quand je suis rentrée, gavée de musique, d’amour fraternel et enfin douchée, j’ai fait une petite dépression. Et j’ai découvert mon tout premier cheveu blanc.

C’est donc à Reading, en 2005, que j’ai vu Maxïmo Park en concert pour la première fois. Une fois et demie, pour être précise. Le chanteur de The Rakes, tombé malade pendant la nuit, s’était alors fait remplacer par celui de Maxïmo Park. Je ne sais pas si ça compte et, franchement, on s’en fout. Depuis, si ma mémoire est bonne, j’ai dû les revoir quatre fois près de chez moi, en terres luxembourgeoises, grosso modo pour chaque sortie d’album. La dernière fois, il y a deux mois de ça, j’ai dit à l’homme : « Paul Smith, je l’ai tellement vu que j’ai l’impression que c’est mon cousin ». Un membre de la famille dont j’aurais usé les disques jusqu’à la corde et épuisé celles que j’ai de vocales au karaoke sur ses paroles. Si c’est l’énergie qui m’a d’abord séduite, c’est bien elles qui m’ont fait rester. Ce n’est plus un secret pour personne, j’aime les chansons bavardes. Un texte joliment ciselé avec de belles allitérations peut me filer un orgasme. Et les lyrics du Sir Smith semblent avoir été taillées sur mesure pour mon plaisir coupable. Sens de la formule, de la figure de style, du détail et, sauce aux herbes sur le fish and chips, une admirable propension à raconter des histoires. Dans leur grande globalité, d’amours déçues. Tergiversations anxieuses, coups de foudre à répétitions, rendez-vous fébriles, histoires passionnées sans avenir, séparations désastreuses, adieux déchirants, regrets mélancoliques ; en clair : Madame Bovary peut retourner direct aux vestiaires. J’avais bien entendu saisi la prégnance de la thématique chez l’auteur auparavant, mais je ne m’étais jamais rendue compte de son importance jusqu’à il y a quelques temps.

Depuis la dernière fois où j’ai dormi dans une tente, je vis une histoire d’amour idyllique. Je suis on ne peut plus précise, il n’y a pas d’autre mot. Et chaque matin depuis mon retour de ces Eurockéennes 2007 où, en cet exceptionnellement ensoleillé début du mois de juillet, Magali et moi avons perdu notre tube de crème solaire le premier jour de festival et que c’est pour ça qu’on dirait que j’ai une brulure du second degré au front sur ma photo avec Eddie Argos, je lève les yeux au ciel en me demandant quand une énorme tuile va finir par nous tomber sur le coin de la gueule… En 2008, pour nos premières vraies vacances en amoureux-rien-que-nous-deux, on s’est fait The Great Escape Festival. En aparté, voilà le plan parfait pour la catégorie des « J’suis trop vieux pour ces conneries » dont je fais désormais partie : une semaine de concerts en après-midi et soirée, à la cool, dans les cafés et ballrooms de la délicieusement désuète station balnéaire de Brighton, East Sussex, England. Petits hôtels sympas, super restos, ambiance détendue ; on y a vu de chouettes groupes dans des conditions très confortables, souvent intimistes, et avons découvert qu’on aimait bien voyager ensemble. On n’a pas arrêté depuis. Et tant que l’homme continuera à me laisser maître de l’autoradio, j’irai n’importe où avec lui en voiture. Comme lors de ce récent week-end où on s’est refait tous les albums en revenant de Saint-Étienne et qui a confirmé ce que je savais déjà : de mon point de vue de passager, Maxïmo Park, c’est parfait pour voyager. J’en écoute souvent quand je prends le train. Je regarde défiler le paysage en imaginant ces moments poignants que semble sans cesse vivre le pauvre Paul Smith. Mains moites, yeux embués, cœurs déchirés ; indubitable catharsis pour moi qui ne connaît plus les tourments des amours impossibles. Je n’ai plus l’âge d’aller m’encanailler dans des champs brumeux baignés de phéromones, certes… Mais je ne suis pas si vieille que ça. Et Maxïmo Park, c’est un peu mon Fifty Shades of Grey à moi.

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